
La Thuile
L’âme minière
La Thuile garde une âme minière qui permet de remonter le fil du temps. De nombreux témoignages encore visibles racontent l’histoire de la mine, au centre du village et dans ses environs, entre forêts et hameaux.
À partir de la seconde moitié des années 1920, un vaste programme d’extraction d’anthracite fut lancé : d’abord pour le chauffage domestique local, puis pour alimenter les hauts fourneaux des grandes industries sidérurgiques. L’activité atteignit son apogée juste après la guerre, avant la fermeture définitive en 1966. La mine bouleversa le village : galeries, systèmes de transport, bâtiments de service, infrastructures techniques et logements ouvriers furent construits.
L’appel du charbon transforma ce village de montagne, autrefois fait de champs et de pâturages, en cité minière habitée par d’anciens paysans. On dit d’ailleurs qu’une mine se cultive !

L’appel du charbon transforma ce village de montagne, autrefois fait de champs et de pâturages, en cité minière habitée par d’anciens paysans. On dit d’ailleurs qu’une mine se cultive ! Les mineurs venaient de La Thuile et de toute l’Italie, mêlant origines, dialectes et coutumes, enrichissant ainsi la communauté locale. Ces jeunes travailleurs courageux accomplissaient les tâches dures et épuisantes de la mine — un véritable art minier. Les ingénieurs, sous l’autorité des concessionnaires, étudiaient les gisements, traçaient les niveaux d’extraction et supervisaient le transport du charbon. La mine était une véritable entreprise, dont les mineurs étaient l’âme. Pour leur bien-être, La Thuile s’agrandit, créant le village des mineurs, avec des logements accueillants et des services modernes pour l’époque — notamment une infirmerie.
Après quarante ans d’exploitation industrielle, les bâtiments furent abandonnés ou réaffectés, mais restent aujourd’hui les témoins les plus éloquents des défis d’autrefois.
L’histoire des mines d’anthracite
• Jusqu’en 1845, l’extraction de l’anthracite est destinée à l’usage et à la consommation de la population locale.
• À la fin du XVIIIᵉ siècle, la nécessité de trouver de nouvelles sources de combustible se fait sentir, afin de réduire la coupe indiscriminée du bois, également liée aux activités industrielles du fer et du cuivre.
• À partir de 1838, l’Administration Économique de l’Intérieur reçoit le mandat de vérifier que les exploitations minières soient exécutées conformément aux dispositions des Lettres Patentes émises par le roi Charles-Félix en 1822.
• En 1851, la première concession minière, dite « Villaret », est accordée, jetant les bases du développement de l’activité minière ; l’année suivante, en 1852, la concession du « Bois de la Goletta » est délivrée.
• En 1880, les gisements de La Thuile comptent 32 exploitations d’anthracite, réparties sur la rive droite et la rive gauche du torrent Ruitor.
• Après 1915, les besoins créés par la guerre attirent de nouveau l’attention sur le gisement national de combustible. En 1916, les mines sont concédées à la « Société des Mines Carbonifères du Ruitor Damiano Arancini & Cie ». Elles sont ensuite déclarées établissement auxiliaire sous le contrôle du Commissaire Général aux Combustibles Nationaux et placées sous surveillance militaire. En octobre de cette même année, les effectifs dépassent 120 ouvriers, dont une soixantaine de civils militarisés et une cinquantaine de prisonniers de guerre.
• Entre 1918 et 1926, les mines appartiennent à un entrepreneur local, Vittorino Paris, qui fonde la « Société des Mines du Col Croix ». Paris, géomètre de La Thuile, est l’un des rares habitants à savoir tirer profit des mines. Face aux énormes difficultés et aux coûts élevés du transport du minerai jusqu’à La Thuile puis à Aoste, il fait construire à ses frais un téléphérique reliant la plateforme située à l’entrée de ses travaux à la fraction de La Balme, en franchissant la crête des retranchements du Prince Thomas.
• En 1928, les mines passent entre les mains de « Ansaldo Cogne », devenue en 1929 la « Société Anonyme Nationale Cogne », dotée de moyens financiers considérables et d’une organisation plus développée. L’exploitation des gisements de La Thuile s’inscrit alors dans la politique autarcique du régime fasciste : durant cette période, l’industrie sidérurgique du Val d’Aoste se développe, et, dès 1922, l’anthracite est utilisé pour la production d’acier dans les usines Cogne d’Aoste. Tout cela alimente ce qui deviendra l’industrie de la guerre.
Pour le transport du minerai, plusieurs systèmes sont mis en œuvre, mais, en 1933, La Thuile est reliée à Morgex par un tunnel de 2,4 km partant du plateau d’Arpy, au-dessus de Morgex, et rejoignant le niveau de la mine du Col Croce à 1 700 mètres d’altitude. L’anthracite est ensuite acheminé vers Arpy par un petit train, puis par téléphérique jusqu’à Morgex, où elle est traitée avant d’être transportée à Aoste par le chemin de fer construit par la Société Nationale Cogne pour le compte de l’État et inauguré en 1929.
• À partir de 1951, la production diminue d’année en année ; en 1955, la plupart des ouvriers encore valides sont transférés aux aciéries d’Aoste, tandis que beaucoup d’autres, atteints de formes plus ou moins graves de silicose, sont déclarés invalides.
• À la fin de 1959, l’usine de lavage de Morgex est remplacée par une installation plus modeste, située à l’entrée de la mine, dans la région du Villaret à La Thuile.
• Après une longue histoire de labeur, au cours de laquelle trois millions de tonnes d’anthracite sont extraites, l’aventure séculaire de l’une des plus anciennes mines subalpines s’achève définitivement en 1966.